Je viens de réaliser que presque quatre mois se sont écoulés entre deux publications sur le blog. Non, je ne suis pas mort, je ne baisse pas les bras et je n’ai pas commis l’imprudence de me battre en duel chez Panza ! A l’attention des plus étourdis, voici un petit résumé des objectifs de la rentrée et de ce qui a bougé ici dans l’intervalle…
On en sait un peu plus maintenant sur ALICE & LES PICKPOCKETS, ce groupe formé à Dijon, délocalisé à Strasbourg puis à Paris. Trois photos ainsi qu’un projet d’affiche ont été rajouté à l’article. Il reste à trouver la chanson Sideral Girl parue sur la compilation Les électriques.
Quatre photos issues d’une planche contact de DORIAN GRAY prises à la base nautique de l’Heiritz ont été rajouté à leur album. Une photo de Marianne SESNY à celui des VISITORS. Deux photos de l’Amphi 7 à celui des HORSEX. Pas moins de six clichés de l’Amphi 7 le 3 avril 1980 ont été ajouté dans celui de FLASH GORDON ainsi que onze autres à l’Egon’s Raphaël Club, de Baden-Baden le 27 avril 1980.
FLASH GORDON toujours, avec trois titres supplémentaires. Un extrait de la session FR3 du 18 janvier 1981 (le reste en est encore au stade du transfert) et deux excellents instrumentaux enregistrés en répétition. Soyez vigilants, j’en rajouterais d’autres au fur et à mesure.
Début septembre, cinq photos et trois titres audios des NOUVELLES S. ont fait surface ici. Ce qui nous permet de réécouter avec plaisir leur classique Va mourir.
En bref, surveillez bien le module « Mise à jour » de la barre de droite. Parfois je ne fais que corriger les fautes d'orthographe ou les tournures de phrases mais le plus souvent je rajoute des éléments nouveaux. J’en profite pour remercier tous ceux qui me mettent à disposition leurs archives. Leur apport à ce blog est inestimable.
Que reste-t-il à faire ? Débusquer XYZ / NEC + ULTRA par exemple. Ce groupe reste un vrai mystère pour moi. Je ne saurais que trop vous recommander de jeter une oreille attentive sur leur 45 tours paru chez Punk Records en 1980. Les fans d'ASPHALT JUNGLE me remercierons !
Je manque cruellement d’infos sur MONOPLANO, LE MUR, LES FRANCAIS, LES EUROPÉENS et toute la sphère cold wave. J’aimerais aussi parler d'ANECHOIC CHAMBER dont les albums sont en passe d'être réédités, de LA DERNIERE BANDE (formation pré KATONOMA) et des MOUCHES.
J’ai quelques pistes pour les GODS. Il va bien falloir que je m'attèle aux DRINKS, aux CRABES et aux BUCK DANY’S qui ne sauraient être passé sous silence. Là encore, si vous avez des noms qui m’auraient échappé, faites-moi uhe piqûre de rappel !
Je sais que beaucoup d’entre vous aime bien écouter régulièrement la compilation 77/83 que je vous ai concocté. Il y a pour l'instant 23 titres basés sur mes propres envies du moment. Il ne tient qu’à vous de me faire parvenir vos suggestions parmi toutes les chansons publiées ici. Ou de m’en proposer d'autres.
Il y a de toutes façons des tas de choses que je ne possède pas. Si d’aventure, en farfouillant dans vos affaires, vous trouvez des choses dignes d’intérêt (disques, maquettes, enregistrements de concerts, émissions de radio) même si le son a subi les outrages du temps, pensez à moi. Il est temps de les transférer en MP3 (avec un bon taux de compression, si possible).
Il en va de même pour les photos, les affiches et les fanzines. En particulier FRACTION WAW. Je cherche aussi des photos prises au BANDIT et toutes informations ou anecdotes concernant le sujet.
Tiens, en parlant de ça, dans le cadre du festival Osophère, je contribue modestement (sujet : le BANDIT, justement) au projet UNKNOWN CITIES de Colin Newman / Malkà Spiegel / Robin Rimbaud qui sera exposé en ville, place du Château dans un conteneur maritime du 25 septembre au 3 octobre.
Ce qui m’a donné l’idée de créer la carte du rock à Strasbourg 1977 - 1983 qui serait basé sur les lieux fréquentés à l’époque et leurs anecdotes correspondantes. Avec les endroits où il y a eu des concerts, les locaux de répétition, les bistrots, disquaires, les soirées mémorables, etc. Sur ce point-là, j’ai besoin de vous, moi qui n’arrive même plus à situer la Nouvelles Poste par exemple.
Et pour finir, le blog se décline sur Picassa Albums pour les photos, sur YouTube pour les vidéos et sur Facebook si vous voulez rejoindre le groupe Rock à Strasbourg 1977 — 1983. Enfin, pour me joindre et m’envoyer vos documents, mon email est disponible dans mon profil (en haut à droite)
Apprendre la guitare au beau milieu des seventies, c’est surtout s’échiner à jouer le riff de Smoke On The Water sur une corde, sans pour autant arriver à reproduire le son du disque. Et puis un jour, miracle, jouer le riff de Mongoloïd sur une corde, ça commence à y ressemble fortement, à votre disque. CITY LIGHTS ne va pas tarder à trouver cette planche de salut qui en décomplexera plus d'un…
Il faut remonter à 1974 pour retrouver l’origine de ce qui lie, d’un côté Jean-Marc KAMINSKE, et de l’autre, les frères HORNECKER : une passion commune pour LOU REED, THE WHO, DAVID BOWIE, BLUE ÖYSTER CULT, THE DICTATORS, THE STOOGES, qu’ils découvrent ensemble à ce moment-là.
Nullement découragés par leur inexpérience, ils échafaudent dans l’enthousiasme des plans sur la comète, rêvent de former un groupe, passent leurs soirées chez les uns ou les autres à gratter leur guitare et à constituer des listes de chansons à reprendre.
Christian HORNECKER avait acheté une méthode de guitare pour faire des soli et moi une autre avec les lignes de basse. Je savais déjà jouer de la guitare, rythmique, mais à trois il fallait plutôt un bassiste. Son frère Bertrand s’essayait à la batterie mais il faut avouer qu'il n’était pas doué.
— Jean-Marc KAMINSKE (basse)
Le groupe répète épisodiquement, entre 1974 et 1976, à la faculté de médecine sur du matériel gracieusement prêté par des musiciens qui se produisent habituellement dans les soirées africaines, les MACUMBAS.
Pour se faire la main, ils reprennent tant bien que mal les titres du moment, ceux des ROLLING STONES et l’incontournable Smoke On The Water. Entre temps, Patrick HEITZ les rejoint pour un temps à la guitare rythmique. Bertrand HORNECKER ne persévère pas bien longtemps. Mais ils ont désormais un nom : CITY LIGHTS.
Et puis arrive 1976. C’est le grand ball-trap de la nouvelle vague qui commence : les rondelles voltigent, rapides et excitantes, balancées de partout par des types comme vous qui s’insurgent sur des rondelles de vinyle du trop plein d’ennui.
L’année du changement à plus d’un titre pour CITY LIGHTS. Car 1976, c'est aussi le départ de Jean-Marc KAMINSKE pour effectuer ses obligations militaires. À son retour plus rien n’est pareil.
Les frères HORNECKER avaient déménagé, passant de Neudorf à la Musau, et faisaient partie d’une nouvelle bande de potes dans laquelle figurait Erick ASSANI. Erick était un très bon guitariste.
Le premier disque punk que j’ai acheté est le premier RAMONES. Dès lors nous reprenions Blitzkrieg bop, I Wanna Be Your Boyfriend et autre Gabba Gabba Hey en répete.
— Jean-Marc KAMINSKE (basse)
Les personnalités se greffent au duo de base en fonction des affinités et des envies du moment. Tel Erick ASSANI qui se joint à eux lorsqu’ils se retrouvent en bas du domicile de ses parents à la Musau pour des prestations improvisées, sans amplis et sans batterie, devant leur bande d’amis.
Il n’y a qu’à l'occasion du réveillon, dans une école privée prêtée par les parents de la copine de Christian HORNECKER, que la bande se produit électrifiée. Il n'y a toujours pas de batteur. L’alcool aidant, ils reprennent la quasi totalité du premier album des RAMONES et un titre ou deux de BIJOU.
Erick ASSANI est aussi le lien entre CITY LIGHTS, profondément ancré à Neudorf, dans la banlieue sud de Strasbourg, et les circuits traditionnels de la ville.
Erick, contrairement à nous, trainait en ville, à la Nouvelle Poste et c’est par lui que j’ai connu un grand nombre de gens comme Raphaël des HORSEX, Didier de FLASH GORDON et surtout Kinou. J'ai assez bien accroché avec lui…
— Jean-Marc KAMINSKE (basse)
CITY LIGHTS hérite de Christian « Kinou » PRÉAU qui est pour le coup un vrai batteur ! Pour une raison inconnue, Erick ASSANI disparait subitement de la circulation sans donner de nouvelles. Un copain de Christian HORNECKER en profite pour filer un coup de main à la guitare rythmique.
À l’époque il n’y avait rien de stable, on était tous des ados impatient qui procédaient au zapping de groupes. Tout le monde jouait avec tout le monde sur des périodes très courtes. CITY LIGHTS dans ma mémoire, c’est le groupe le plus clean avec qui j’ai été. Le punk rock qu’ils faisaient était inspiré des groupes de l’époque, mais c’était pas destroy. Pas de dope. Juste quelques bières. Et très fun, parce ce que l’on rigolait beaucoup et, finalement, on ne se prennait pas trop au sérieux.
— Erick ASSANI (guitare)
Le répertoire est encore principalement basé sur les RAMONES agrémenté de quelques titres de JOHNNY THUNDERS & THE HEARTBREAKERS et même le Wild In The Streets de GARLAND JEFFREYS. Tout le monde chante à tour de rôle. C’est même Kinou qui hurle All By Myself derrière sa batterie.
Les répétitons ont lieux dans la cave insalubre d’un bistrot à Neudorf surnommé La Perle bien que ce ne soit pas sa véritable enseigne. Au début des années 70 c’est le point de ralliement des jeunes du collège de la Museau et du lycée de Neudorf.
À la fin de la décennie, l’endroit est devenu si glauque que l’on risque de se prendre un coup de couteau en descendant à la cave, tellement le lieu est mal famé. En plus, le loyer coûte une fortune.
L’instabilité chronique de Kinou finit par provoquer le split de CITY LIGHTS. Laissant Jean-Marc KAMINSKE et Christian HORNECKER sur le carreau. Une petite annonce providentielle d’un groupe qui cherche un guitariste et un bassiste attire leur attention : DORIAN GRAY.
Ils se rendent tous les deux au dernier étage de la maison des parents de Alain et Philippe HEIMANN un samedi après-midi. Jean-Marc KAMINSKE est retenu. Mais pas Christian HORNECKER.
C’est là que nos chemins se sont séparés et que j’ai croisé celui d’une autre personne avec laquelle je traverserais des décennies musicales, que j’ai accompagné jusqu’à sa fin, Philippe HEIMANN.
— Jean-Marc KAMINSKE (basse)
Avec CITY LIGHTS on garde en réalité bien plus l’image d’une forme de projet ponctuel, un concept, qu’un réel groupe au sens stricto sensu du terme. Mais ils étaient là dès les prémisses. Leur existence est le symbole du passage entre deux époques bien différentes.
Jean-Marc KAMINSKE devient l’un des bassistes DORIAN GRAY. Il y rencontre Philippe HEIMANN avec qui il forme plus tard THC qui publie le 45 tours Se casser sur R.B.O. en 1982 (R.1/1182 D). On les retrouve ensuite au sein de FLAGRANT DÉLIRE et LES AFFRANCHIS. Christian HORNECKER refait surface avec les BLUE CAPS en 1981. Christian « Kinou » PRÉAU fera partie de R.A.F., de CHOC! des TORCHES et des SALOPES. Eric ASSANI fait des crochets par BISMUSS et LES HORSEX en tant que bassiste et guitariste. On le voit aussi avec THEMROCK et XYZ. Aujourd’hui, il gère les affaires de huit groupes réunionais.
Nés sous le feu adolescent, les NOUVELLES S… pratiquaient un rock décomplexé, allégé par le punk rock, fragilisé… ce qui en faisait tout le charme. Principaux espoirs de la scène locale pendant un court moment, leur rock, sobre et stylé, aux tentations poppy, aurait dû leur ouvrir grand la porte…
Il est probable que le comportement, disons euh… erratique, du batteur des SALOPES ait eu raison de la patience d'un peu tout le monde. Son parcours édifiant, d'histoires pathétiques en anecdotes loufoques (cf. les commentaires de ce blog, cherchez bien !), le mène tout droit vers un séjour de longue durée aux frais de l'état. Entre-temps, Guy WACH lâche lui-aussi l'affaire.
Un contretemps qui aurait très bien pu sonner le glas du groupe. Que nenni ! La perspective d'une date à honorer le 25 juillet 1981 au château du Pourtales les fait, au contraire, réagir très vite. Les TÊTES BRÛLÉES sont également au programme.
Philippe HEIMANN commence par combler le vide en s’installant derrière les fûts au début de l’été. Une semaine avant la date fatidique, c'est Alain HEIMANN qui est invité dans l’urgence à compléter le line-up. Une situation provisoire — ou du moins le croient-ils encore — pour ces deux transfuges de DORIAN GRAY.
Ainsi épaulés par les frères HEIMANN, les SALOPES revisitent leur répertoire faisant la part belle aux chansons de Nathalie MICHARD auxquelles sont ajoutées, pour l’occasion, celles de DORIAN GRAY chantées par Alain.
Sept soirées de répétitions consécutives ! Le concert aurait pu être tout juste bon, il est une réussite, placé sous le signe du plaisir. Ravis, LES SALOPES n’excluent pas de se réunir pour de prochaines dates. Les répétitions suivantes sont prometteuses et les confortent dans leur idée. Le projet parallèle pour les uns va au bout du compte prendre une importance bien plus accrue.
On répétait à Neudorf dans une cave sous le domicile des parents de Jérôme. Pour changer de nom on voulait un rappel de ceux de nos groupes respectifs. Comme NEW DORIAN GRAY ça faisait cucul j’ai suggéré NOUVELLES S… On était en plein dans les nouveaux philosophes BHL, Finkelkraut, Glucksmann, etc.
— Alain HEIMANN (guitare / chant)
Le groupe fraichement rebaptisé donne son premier concert le 11 novembre dans une boite (laquelle ?) rue des Frères. En décembre, c’est avec les DRINKS en première partie qu’ils se produisent dans la salle du Fossé-des-Treize : l’article paru dans les DNA encense les DRINKS et nous descend en flèche, celui paru dans l’Alsace nous est bien plus favorable. On les remarque aussi avant LE MUR au Studio 80.
Sans réellement rompre avec les grandes formes des décennies précédentes, les NOUVELLES S… donnent leur version du mal de vivre en apportant à leur rock des textes moins naïfs, souvent amers, et prouvent que l’on peut maîtriser la technique instrumentale et l’art de l’arrangement sans renoncer à la révolte.
Tout juste postérieurs à l’affaire jeunes gens modernes, ils font partie de ce réseau qui se voue à une certaine tradition du rock’n’roll dont ils savent s’inspirer avec fraicheur, comme les SNIPERS à Dijon ou les CALAMITÉES à Beaune.
Si le groupe joue une poignée de reprises rescapées de leurs expériences précédentes (’Till The End Of The Day des KINKS, Say Mama de Gene VINCENT et Do You Love Me des CONTOURS via les HEARTBREAKERS), le répertoire est principalement basé sur des titres de Nathalie ou Alain très prolifiques.
Un étrange dialogue par chanson interposées s’instaure et saupoudre le tout d’une vision cynique de la relation amoureuse qui n’a plus de caractère rédempteur.
Alors qu’au début chacun avait son cercle de relations, on est devenu très proches. Surtout Nathalie et moi. On réglait nos comptes et nos histoires de jalousie par chansons interposées. Sa chanson Vas mourir s’adressait à ma petite amie du moment à qui elle avait piqué quelques mois plus tôt le mec. Je lui répondais dans Jusqu'à ce que le jour se lève.
— Alain HEIMANN (guitare / chant)
Parmi tous les nouveaux groupes qui émergent au début des années 80, les NOUVELLES S… ont le vent en poupe et plein de projets. Des séances photos (une au port du Rhin devant une entreprise qui s’appelait Starlette, ça ne s’invente pas, l’autre dans le tunnel devant les Halles), une session FR3 pour l’émission de Sylvie DEMANGE, et l’envie de faire parler d’eux.
À l’époque, Nathalie trainait à Paris avec Rico, le bassiste de LA SOURIE DÉGLINGUÉE, et elle avait ramené la basse du bassiste d’ASPHALT JUNGLE. Elle était toute fière… on n’a jamais su comment elle a fait…
On dessinait nos affiches grisés avec des trames autocollantes et on faisait imprimer ça sur des feuilles A3 jaunes citron, orange ou vert pétard. Ensuite, on filait la nuit coller ça à la sauvage. Nathalie avait dessiné un King Kong qui nous tenait dans ses poinds en haut des building. Et puis les scéances de bombages… on avait entourré la statue de la place Gutemberg : Les nou… ; les nounou… ; les nouvelles… ; les nouvelles S…
— Jérôme JOVÉ (guitare)
Le magazine BEST leur consacre quelques lignes ([…] un mélange jouisif de Blondie et des B-52's…). Mishka ASSAYAS (le frère d'Olivier, le réalisateur) qui est alors critique à ROCK & FOLK assiste à des répétitions en vue d’un éventuel article.
Le vingt mars 1982, les NOUVELLES S. figurent à l’affiche du festival Le printemps sera rock organisé par Sanglot Production avec tous les groupes importants du moment. Le printemps, justement, qui ravive toutes les tensions qui avaient pourtant nourri un bon nombre de leurs chansons. À ce stade, le leadership bicéphal devient ingérable.
Après une nième scène entre Nathalie et moi (le prétexte était la disponibilité pour les répétitions) Jérôme m’a appelé quelques jours plus tard pour me dire qu’ils continuaient sans moi. Après, à trois, ils ont donné un dernier concert à Kehl.
J’attendais quon me rappelle, surtout Nathalie, pour transformer notre relation amour/ haine en complicité et que Jérôme arrête de se comporter en grand frère avec elle. J’avais très envie de continuer les NOUVELLES S. Je suis sur que Nathalie, Jérôme et Philippe aussi.
Nathalie est décédée, écrasée par une voiture. Depuis je regarde à gauche et à droite avant de traverser. En 1998, alors que je m’étais à nouveau rapproché de mon frère Philippe, et qu’on parlait de rejouer ensemble, juste pour le fun, mais enfin on sait jamais, il est mort en Corse dans un accident de voiture. Jérôme, je n’ai plus jamais eu de nouvelles…
— Alain HEIMANN (guitare / chant)
Trop, trop tôt ! Formule un peu lapidaire certes, mais bon résumé de la brève trajectoire des NOUVELLES S. La complicité / rivalité qui en était l’essence même a fini par les tuer. Las ! Le tout était sans doute trop intense pour passer la rampe de 1982…
Alain HEIMANN n’en reste pas là et forme successivement les WILD DISNEYS, LES CRABES et BOY’S ADRIFT. On retrouve Philippe HEIMANN au sein de THC qui sort le 45 tours Se casser / Comme un ange (1/1182 D) en 1982 puis avec FLAGRANT DÉLIRE et LES AFFRANCHIS. Jérôme JOVÉ s’installe à Aix-en-Provence puis à Bordeaux où il joue actuellement avec SILENT CRASH. Nathalie MICHARD devient journaliste à Paris où elle est victime d’un accident de la circulation - renversée par une moto - à la fin des années quatre vingt.
Feel The Need LES NOUVELLES S. en quatuor avec Alain HEIMANN présentés par Sylvie DEMANGE dans son émission sur Radio France Alsace.
Première contribution d’une série consacrée aux émissions de la bande FM, « Poly Magoo », diffusé sur Radio Bérénice, vous est présenté par l’un des piliers de la vie rock strasbourgeoise des années 80…
Pour nous qui venions de Strasbourg, importés d’Allemagne (fils de FFA) ou expat’ de Colmar et de Belfort, l’objectif était d’infiltrer Radio Bérénice… après avoir séduit Dominique [1] qui devait ensuite nous « vendre » à Otto [2]. Le fameux Otto avec sa voix d’imberbe, tout fraîchement sorti du Kiproko ou du Turckheim.
Dominique restait pour nous une énigme. Il cultivait très bien une sorte d’ambigüité et des secrets impossibles à révéler. Chez lui, les bootlegs et les interview étaient légion. Il passait à l’antenne des live du CLASH ou de JAM que nous n’avions jamais entendus.
Il faut bien dire qu’il nous impressionnait par sa culture et ses connaissances. Il disait aussi connaître les tourneurs de tous ces groupes. Marc ZERMATI, Joe STRUMMER et plein d’autres acteurs de l’époque.
En tout cas, à force de le côtoyer dans les soirées et au Bandit, il a fini par nous proposer une émission, voire deux si je me souviens bien. Nous étions assez nombreux — il y a avait Hervé, Dominique, Sergio, Jean-Paul, Éric, Sylvie (ou est-elle ???), Gigi et beaucoup d’autres.
Notre émission était intitulée « Poly Magoo ». Avec ce titre d’Asphalt, en hymne, en générique de début et de fin. Ca sonnait assez bien le rappel. Quelques pseudos, Jarry Comet, le Major, et d’autres dont je ne me souviens plus. Éric C. qui est un adepte du site et qui est la mémoire du groupe va devoir nous renseigner…
Je me souviens bien que nous passions les après midi en ville, au Gutenberg, au Montmartre ou aux « 12 » et qu’à chaque fois le scénario se répétait : il fallait être à 21 heures à l’Esplanade, acheter des bières avant l’émission et faire une halte chez moi, juste à côté du Studio. Studio, le mot est exact : il s’agissait de 15 m2 au mieux, une table et deux platines, dans l’immeuble « L’Horizon ».
Le souci, c’est que nous étions toute une bande de potes et que se greffaient là-dessus les amis de la soirée à qui l’on voyait mal comment interdire l’accès au lieu. Ce qui fait qu’à chaque émission, nous étions entre 15 et 20 dans le studio, tentant à chaque fois de laisser les lieux le plus clean possible afin d’éviter de se faire repérer.
Pour ce qui est du contenu, il était assez basique, et, laissons cela aux « dirigeants » : ils faisaient — c’est certain — preuve de beaucoup de compréhension à notre égard. On racontait, il me semble, beaucoup de conneries et ça ne volait pas toujours très haut car, il faut bien le dire, tout le monde était bourré à 21h. C’était d’ailleurs, je crois, un objectif en soi, qui ne souffrait d’aucune exception.
Cela nous faisait bien marrer avec Hervé, nous disions qu’un seul auditeur était à notre écoute, celui que l’on retrouvait souvent au bistrot le Lion d’Or, en la personne d’un des membres des MOUCHES. Il disait ne rater aucune émission et qu’à chaque diffusion il prenait un acide et s’éclatait comme une bête en nous écoutant. On était bien entendu très flattés.
Musicalement, chacun passait ses préférences — de Billy BRAGG aux TELEVISION PERSONNALITIES, de Syd BARRETT aux SAINTS, des BASEMENT 5 à ELLI & JACNO, des compilations punk sixties et aussi soul et blues. C’était ces années 82 à 85 où le rock nous ouvrait aussi beaucoup d’horizons écrits, SELBY, BRAUTIGAN et pas mal d’autres.
Mais un soir, notre ami Fred, un jeune homme qui aimait les expériences, a décidé lui-même du suicide en direct. À la fin de l’émission, il décida de laisser les micros ouverts, de façon à permettre à l’auditeur de prendre la mesure de nos propos hors antenne, et essentiellement de l’idée que nous nous faisions du boss Otto.
Dominique arriva avec lui il me semble tard dans la nuit, constata le nombre de guest stars dans le studio, nous fit une sorte de morale, et il nous fallu tous prendre la poudre d’escampette, sans forcément nous excuser mais… nous étions virés.
— Étienne Nevermind O.D.
[1] Dominique HAMON, par ailleurs aussi manager des HORSEX puis de FLASH GORDON.
Choisir le nom d’un groupe de rock est un véritable casse-tête. Long ou court, il doit refléter la musique ou bien souligner son appartenance à un courant. L’essentiel étant de marquer les esprits. Les choses se compliquent lorsque l’on s'aperçoit que d’autres ont déjà eu la même idée…
En préparant un nouveau sujet j’ai pris pour habitude d’en parler autour de moi. Autant de bouteilles à la mer qui font fréquemment remonter des informations utiles à la surface. Même s’il s’agit d’être très prudent. Car une confusion est toujours possible avec les groupes homonymes. En voici quelques exemples.
Depuis quelques mois je tente de mettre un peu de lumière sur NEC + ULTRA dont l’excellent et unique 45 tours sorti chez Punk Records de Nancy est maintenant côté à des sommes folles. Dans une formation précédente ce groupe s'appelait aussi XYZ. Je croyais enfin tenir quelque chose de concret lorsque je me suis aperçu que les XYZ en question officiaient en fait à... Lyon.
Dans le même ordre d’idée, il ne faut pas confondre LES VISITORS, le duo surf/trash strasbourgeois, avec THE VISITORS, actifs eux-aussi au début des années 80 mais en Australie. Idem pour DORIAN GRAY. Une autre formation portant le même nom semble avoir existé en Lorraine. Sans même parler d’une version britannique vers 1985.
AFRICA KORPS a des prédécésseurs américains en 1977. Au moins deux autres groupes (dont des français) ont depuis tourné sous la même bannière. Il y a aussi LES CRABES et les CRABS belges et américains. LES ESPIONS et ceux de Montpellier. Dans un autre genre on retrouve plusieurs FEEDBACK et BLOODSUCKERS.
La palme de la confusion revient toutefois aux CIVILS que certains associent souvent aux parisiens menés par Vincent FERNIOT (aujourd'hui chroniqueur culinaire sur France 2) et responsables du tube La crise économique.
Pour leur passage au Rose Bonbon en 1981, nos CIVILS se rebaptisent temporairement X-MEN avant de choisir définitivement TÊTES BRÛLÉES qui est aussi à la même époque le nom d’un autre groupe parisien vaguement clashien. Un casse-tête je vous dis…
L’echo que suscite les articles de Yves ADRIEN, Patrick EUDELINE et Yves GARNIER dès 1973 est bien réel et souligne en quelques principes simples une vérité perdue. Au moment même où ces manifestes fulgurants finissent par porter leurs fruits, DORIAN GRAY chante le rock électrique en se placant délibérément dans le sillage de ce dandysme rock…
Nourri par ces visionnaires épiques qui fréquentent de près leur sujet d’étude, annulant par là même toute volonté d’objectivité, pour au contraire assumer un partisanisme romantique, Alain HEIMANN imagine sur un cahier d’écolier l’esquisse de son groupe : deux guitares, une basse, une batterie.
Dans sa ligne de mire les DOGS, STINKY TOYS, MARIE ET LES GARCONS. Des groupes émergeants qui privilégient l’émotif sur l’académique, la série B plutôt que les chefs d’oeuvres convenus et allient le bruit et la fureur à un dandysme exacerbé. Il ne reste plus qu’à trouver les bonnes personnes à associer au projet.
À l’été 1978, de retour d’un boulot de moniteur de colonie de vacances, j’ai découvert que Philippe, mon frère, s’était acheté une batterie, une vraie, pour remplacer les barils de lessive qu’il utilisait jusqu’alors pour m’accompagner. Du coup, moi j’ai acheté une guitare, une vraie aussi, et un petit ampli.
Philippe et moi on a scellé un accord : lui, de ne pas dépasser le cadre donné par le jeu de Charlie WATTS et celui de Keith MOON, moi de ne jamais faire un solo de guitare.
On persuade alors Jacky [1], un copain de lycée qui est un grand fan de MOTÖRHEAD, d’acheter une basse et un ampli. Je lui fais croire que ce que l’on fait s’inscrit dans la lignée de ses modèles et que les lignes de basse que je lui écrit me sont dictées télépathiquement par Lemmy !
— Alain HEIMANN (guitare / chant)
Les rôles ainsi distribués le groupe existe enfin et se fait les dents sur des reprises des KINKS, des ROLLING STONES, des STOOGES. Quand ils n’arrivent pas à jouer une chanson, Alain HEIMANN l’adapte sur le champ, écrit de nouvelles paroles, et en un tour de main cela devient un original.
Le trio se produit pour la première fois au centre socio-culturel de Koenigshoffen. A l’issue du concert Jacky s’en va en recommandant Roland [2] qui le remplace. Par un miraculeux coup de chance il emmène dans ses bagages un gros amplificateur, Éric WOLF un second guitariste, et… une voiture ! Nous sommes au début de 1979.
Le voisin de Éric WOLF — un ancien bassiste de Gene VINCENT — vient fréquemment aux répétitions pour prodiger ses conseils de mise en place. Comme les choses prennent un tour plus sérieux, Alain HEIMANN se met à composer frénétiquement pour limiter les reprises du répertoire. Au printemps, a lieu le second concert au Chalet de l’Amitié de Lingolsheim.
L’été, on le sait, est une période peu propice à la survie d’un groupe de rock. DORIAN GRAY perd à nouveau son bassiste et reste sans nouvelle du guitariste. C’est par le biais d’une petite annonce et quelques auditions plus tard que « X » [2] s’impose à la basse. Il a bon goût et maitrise son instrument. Ce qui n’est pas pour déplaire aux deux frères HEIMANN. Les répétitions sont quotidiennes et le trio s’améliore de jours en jours.
Il y a toujours mes compositions et quelques reprises des HEARTBREAKERS, des BUZZCOCKS, et toujours les KINKS. Je pense que c’est à cette époque que nous sonnons un peu comme les DOGS, formule trio oblige, mais cela n’a jamais été intentionnel. D’autant que certains de nos titres comme Je ne rêve pas de soleil et Génération perdue sont plus funky ou disco.
— Alain HEIMANN (guitare / chant)
À l’automne 79, DORIAN GRAY propose à HIGH & DRY un concert commun à la Jugendkeller de Kehl. Ils en profitent pour repérer Patrick WOLFER qui est leur bassiste. Après tous les déboires qu’ils ont eu, on ne sait jamais, ça peut servir ! Et on peut dire qu’ils ont le nez creux puisque « X » quitte le groupe peu après sous la pression de sa copine.
Patrick WOLFER pousse la porte et joue avec DORIAN GRAY en première partie de HIGH & DRY à Entzheim, à Ernolsheim sur Bruche pour le réveillon 1979 et le 22 février suivant à l’Amphi 7 de la faculté d’économie avec LES HORSEX.
La nouvelle année apporte son lot de réjouissances : Patrick WOLFER annonce qu’il quitte le groupe et Alain HEIMANN est sur le point d’effectuer ses obligations militaires. En juin 1980, l’armée française l’envoie à Baden Baden ce qui lui permet tout de même de garder le groupe actif.
Jean-Marc KAMINSKE se substitue à Patrick WOLFER et en juin DORIAN GRAY joue en première partie d’ADRÉNALINE sous un chapiteau de cirque à Schiltigheim. Le 12 septembre c’est le rituel du passage au Golf Drouot à Paris où le groupe fini bon dernier.
Au Golf Drouot on n’obtient pas le succès escompté. le lendemain on passe à Saverne dans un festival et je me prend la tête avec Jean-Marc et notre manager à cause d’un trou de mémoire sur la reprise des KINKS qui me fait arrêter tout net plusieurs fois.
Ils ont du mal à croire que c’est à cause des pilules qui empêchent de dormir et font parler sans arrêt. Les quelques trente appelés qui partagent ma résidence et moi consommons beaucoup d’alcool que l’on achete détaxé. Des substances diverses aussi que l’on trouve facilement. Moi, en plus, je fais sans arrêt l’aller/retour pour répéter.
Pour calmer tout le monde je propose alors de chercher une chanteuse. LES HORSEX venaient de se séparer. Philippe et moi nous aimons bien Martine MANZANO. On lui propose de nous rejoindre. C’est le début de DORIAN GRAY seconde version, sans doute la plus aboutie et originale.
— Alain HEIMANN (guitare / chant)
Et puis c’est au tour de Jean-Marc KAMINSKE de plier bagages. Patrick WOLFER propose d’assurer l’intérim pour les concerts uniquement. C’est lui que l’on entend jouer de la basse sur les trois titres (dont le superbe Ville morte) enregistré pour une session FR3 à ce moment-là. Le 3 avril 1981 le groupe joue à l’Amphi 7 lors d’un festival avec LES CIVILS, BLUE CAPS et PANTIN-E.
À la fin du printemps 81, Christian « Charlie » BOSCH en rupture avec les BLUE CAPS vient s’ajouter à la longue lignée de bassistes de DORIAN GRAY. Pas facile de remplacer quelqu’un de bien meilleur que soi dans un groupe dont ce rôle est particulièrement instable. Surtout lorsqu’on joue de son instrument depuis un an seulement.
J’avais vu le groupe lors du festival à l’Amphi 7. Je les avais bien apprécié avec leurs compos mélodiques, une guitare originale pour l’époque (très aiguë, un peu funky), un bassiste très talentueux et technique, et une chanteuse tout aussi sympa que mimi/mini.
Lorsque j’ai quitté les BLUE CAPS, celui de DORIAN GRAY venait de les lâcher. Martine m’a très vite demandé de le remplacer, étant libre. Vu que le groupe m’avait plu, et bien que ne connaisse que la chanteuse, j’ai très vite accepté.
On m’a confié une cassette avec les morceaux du groupe et j’ai commencé à bosser chez moi. Seulement voilà, ce n’est pas facile de remplacer un musicien bien meilleur que soi. J’ai fais mon possible en simplifiant.
Puis vient le temps des répètes en groupe. Alain s’impose clairement comme le chef-patron. ici, l’ambiance est froide et studieuse. Pour moi qui suis habitué aux répétitions où les gens sont avant tout des potes, où l’on se fout pas mal du niveau technique et où seul compte le pied que l’on prend à faire de la musique ensemble, la descente est dure.
— Charlie (basse)>
Après quelques répétitions, le groupe se produit au Studio 80 devant un public plus curieux que vraiment attentif. Un peu plus tard on les retrouve avec MONOPLANO lors d’une fête organisée par des étudiants en Art-Déco devant une assistance beaucoup plus festive. Ce qui n’empêche pas l’ambiance au sein du groupe se dégrader.
Incompatibilité d’humeur ou manque de technique ? peut-être les deux ? Toujours est-il que Charlie ne ramène pas son matériel au local de répétitions et que DORIAN GRAY décide de se passer tout bonnement de bassiste. C’est à trois que le groupe apparait avec les DRINKS au Fossé-des-Treize pour ce qui sera son dernier concert malgré une salle bondée.
Le concert, je ne m’en rappelle plus car il passe comme dans un rêve. Les articles des DNA et de l’Alsace sont hyper élogieux. Cela parait bien reparti. On est au début de 1981 et on a envie de continuer. Mais moi j’ai envie de faire une pause DORIAN GRAY. Martine apprécie moyennement l’escapade de mon frère et moi avec les NOUVELLES S. On ne se réconciliera que plus tard en formant LES CRABES…
— Alain HEIMANN (guitare / chant)
Amateurs éclairés, menés par un leader brillant et une chanteuse attractive, DORIAN GRAY et leur rock « ligne claire » méritaient mieux que les habituels errements et galères dévoluent, de tradition, aux groupe strasbourgeois avant qu’ils ne raccrochent les gants de guerre lasse.
Alain et Philippe HEIMAN partent rejoindre LES SALOPES qui pour le coup deviennent LES NOUVELLES S. Les deux frères suivent ensuite chacun leur propre chemin. Alain avec LES CRABES dont la chanteuse est à nouveau Martine MANZANO. PHILIPPE avec THC où il retrouve Jean-Marc KAMINSKE. THC publie le 45 tours Se casser sur R.B.O. en 1982 (R.1/1182 D).
[1] Quelques réserves subsistent sur le prénom de Jacky.
[2] Je n’ai aucune information sur le nom de famille de Roland. Si par miracle il passe par ici…
[3] Quelle est la véritable identitée de ce bassiste ? Il est probable que ce soit Christian SCHUNDER. Mais dans le doute, je l’appelle pour l'instant « X ».
Ville morte (A. HEIMANN) session FR3 (1981)
Pendant deux jours (A. HEIMANN) session FR3 (1981)
Dis-moi (A. HEIMANN) répétition (1980)
Plastique, tables (A. HEIMANN) répétition (1980)
Pendant deux jours (A. HEIMANN) répétition (1980)
Rien à faire (A. HEIMANN) répétition (1980)
Génération perdue (A. HEIMANN) répétition (1980)
Pas de quartier (J.-M. KAMINSKE) répétition (1980)
L’émergence des radios libres correspond à peu de chose près à la déferlente new wave. Et on peut dire que ces deux-là vont faire bon ménage pendant un petit moment. Se nourrir l’un de l’autre. Car c’est souvent là l’unique chance de diffuser sa musique par le biais de stations qui pratiquent encore un ton nouveau…
RADIO BÉRÉNICE est une des premières radios libres à émettre en toute illégalité sur Strasbourg dès 1977. Bien entendu, elle est brouillée par TDF, et la clandestinité est de rigueur. La programmation est new wave au sens large : on passe allègrement des SEX PISTOLS à MARQUIS DE SADE en passant par les BLESSED VIRGINS.
Certains évoquent encore aujourd’hui avec une larme émue au coin de l’oeil la programmation musicale entrecoupée de jingles et d’extraits sonores de films durant la campagne présidentielle de 1981. Peu de groupes locaux sont finalement diffusés.
BÉRÉNICE se distingue particulièrement en 1983 en parrainant le festival LES TRANSES MUSICALES avec pas moins de trente nouveaux groupes hexagonaux, dont les chefs de file strasbourgeois, évidemment.
Par ailleurs, le jeune homme moderne se doit de rester à la page en écoutant CANAL 15, la radio proche du SILEX, et ses émissions animées par des érudits qui sont bien souvent aussi disquaires ou disc-jockey. On peut citer, entre-autres, Christophe KARCHER, le disquaire de Presse-Musique et son émission du dimanche soir de 22h à 24h.
RADIO BIENVENUE, qui deviendra RADIO BIENVENUE STRASBOURG puis, plus simplement, RBS est une des premières radios associative à émettre dès 1981. La programmation est à l’image des radios libres de ces années là : beaucoup de débats et d’improvisation. Punk et New Wave sont au programme.
Impossible de parler de RBS sans parler de Jerry qui squatte les tranches horaires de la station. Il y a son gimmick salut les kids, les nouveautés du moment agrémentées de quelques vieillerie (!) comme les SAINTS, EDDIE & THE HOT RODS ou les plus obscurs JOLT.
Un jour, Jerry lance un défi à Claude des VISITORS : le but du jeu est d’enregistrer une chanson, en général une reprise, dans la semaine pour la semaine à venir. Un défi qui est scrupuleusement respecté dans la cuisine du duo avec un magnétophone à cassettes !
Le samedi après-midi c’est Juke-Box, de 16h à 18h, en compagnie de Jean-Paul DEMEUSY et de quelques autres allumés notoires. On y dissèque la presse musicale, on discute de nouveaux labels ainsi que des mérites des BARRACUDAS. Il y a aussi le hit-parade régional qui permet de découvrir le top 10 de nos gloires locales.
Enfin, comment parler de radio et de rock strasbourgeois sans mentionner Guy WACH et Sylvie DEMANGE ? Et pourtant cela se passe sur RADIO FRANCE ALSACE. Le mercredi matin on peut découvrir quasiment tous les musiciens du crû avec des enregistrements spécialement réalisé dans les studios de FR3. Une formule que Sylvie DEMANGE réitère ensuite toute seule tous les quinze jours de 23h à 24h.
A partir de 1983, les radios libres, nouvellement autorisées, s’organisent, créent d’abord des régies publicitaires communes, et finissent par constituer des réseaux. Ces réseaux, d'’abord non autorisés, vont se développer malgré tout.
En 1984, la bande FM connait un tournant décisif. La possibilité de transformer les auditeurs en consommateurs attire les financiers de tous bords. Les radios cherchent à plaire à leur public, mais surtout aux éventuels annonceurs.
Inutile de préciser que le rock n’est plus vraiment de la fête…
Ce sujet mérite en tout cas d’être développé plus amplement. Et vous, quelles émissions écoutiez-vous ? Vous reste-t-il des enregistrements qui devraient figurer ici ?
Extraits audio
Une longue digression sur les difficultés à être punk et garder une crête décente sous la pluie. Il est aussi question d’un concert avec énormément de mods (quel concert ?). Puis de l’incontournable BANDIT. Le tout avec une délicieuse diction… pas vraiment punque !
Un mardi soir sur RBS. Jerry en bon maitre de cérémonie se demande pourquoi Claude est si discret derrière le micro. Celui-ci noie bien vite le poisson en parlant d’une nouvelle émission et d’un nouveau garage-band, les ZODOÏDES (?). Roland, dans le fond, aquiesce.
Ce blog est une première approche de présentation des groupes issus de la vague punk entre 1977 et 1983 à Strasbourg. Chacun sera traité plus en détail en fonctions des informations que j'arriverais à rassembler dans les mois à venir. Dans la mesure du possible les articles sont illustrés par des documents audio. Si quelqu'un se sent lésé par la mise en écoute de ces morceaux ou si vous connaissez des groupes qui DEVRAIENT figurer sur ce blog, contactez-moi.
Sortie du nouveau CD des MANSON'S CHILD, pressé à 1000 exemplaires et encarté dans le fanzine PARKLIFE 060 qui comprends, entre autre, des interviews de Antoine BERNHARDT et Eric T. LURICK, la chronique Du Bandit au Gibus. Le tout illustré de nombreuses photos inédites.
Pour leur précieuse contribution ainsi que pour leur patience face à mes nombreuses questions : Claude PRAT, Raphaël MICHOT, Christian GYSS, Patrick BOISSEL, Dominique DAUMANN, Christian BOSCH, Ronan CHAOS, François DHALMANN, Christian BARTSCH, Yves MARTIN, Mathieu MARMILLOT, Gilles SCHMIDT, Darren MASSIE, Serge SCHMITT, Martine MANZANO, Philippe BODET, Didier COUDRY, Guy WACH, Dorian ROLLIN, Alain HEIMANN, Jean-Luc BILLING, Agnès POIRIER, Michel POURCELOT, Jérôme JOVÉ, Jean-Marc KAMINSKE, Erick ASSANI.